Dernière modification le 30/11/2011 à 19h11

"Pourquoi les mystiques font-ils si peur ?" se demandent les mystiques. C'est vrai qu'ils font peur. Trop de mystiques ressemblent à des cinglés. Les plus frappés, d'ailleurs, sont souvent les plus puissants : ceux qui lévitent, qui guérissent ou qui marchent sur l'eau.
Une aventurière de Dieu propose une réponse : "Pour les gens qui ne sentent pas sa présence, Dieu n'a plus trop le vent en poupe. Ils confondent souvent mystique et illuminé ce qui pour eux n'est pas vraiment un compliment. L'illuminé n'est-il pas celui entend des voix ? N'est-il pas un peu schizophrène ? N'est-il pas quelqu'un qui serait capable de tuer au nom de Dieu si les voix le lui inspiraient ? N'est-il pas quelqu'un qui cherche à faire parler de lui quitte à faire n'importe quoi pour ça ? L'illuminé n'est-il pas complètement fou ?"
Nombreux sont ceux qui pensent ainsi. La folie fait peur, mais pas la raison. Et pourtant ! Pourtant, si on fait le bilan, la raison raisonnanteVoir L'excès rationaliste a fait autant de mal que la folie. Sinon plus ! Combien d'ailes a-t-elle brisées, cette raison qui, toujours, s'allie avec la peur ? Combien de Mozart assassinés de sa main ? "Folie des sages, sagesse des fous." (source)Idries Shah. Voir L'enseignement soufi Pour qui cherche la lumière intérieure, il faudra affronter le gardien du seuil. Le gardien, c'est la peur. Et le seuil, c'est la dernière frontière de la raison.
Quand on arrive au seuil, on atteint l'extrême limite de la réalité ordinaire, régie par la raison. Affronter le gardienVoir page n'est pas sombrer dans la folie. La folie ne mène qu'à l'asile, pas aux richesses intérieures. Affronter le gardien, c'est accepter d'écouter ses deux guides, la raison de surface et l'intuition profonde. Les gens raisonnables s'interdisent de faire un seul pas dans cette direction. "Pour se rassurer, certains se disent qu'il existe aussi des gentils illuminés qui semblent inoffensifs.
Mais à force d'être dans leur petit monde ou dans leur secte, ce chemin n'est-il pas suicidaire ? Ne risquent-ils pas d'être incapables de travailler, de s'alimenter, de laisser leur enfant mourir de faim en comptant sur Dieu pour s'en occuper ? Ne risquent-ils pas de déraper un jour et de défrayer la chronique par un geste fou ?" (source) Bien sûr que si. Ces illuminés ne sont pas des éveillés, tant s'en faut. Le plus souvent, ils ne sont dangereux que pour eux-mêmes, heureusement.Ouais. Mais quand ils se mêlent de diriger un pays, ça craint du boudin.
Ils ont rompu les amarres avec le monde normal. Ils sont partis à la dérive dans l'improbable infini intérieur, sans guide, sans carte, sans balises. Ils ressemblent à ces flippés qui ont trop pris d'acide, ces tristes zombis de Goa dans les années 70, ou d'ailleurs aujourd'hui même, tellement insatisfaits de la vie vide avide d'envie qu'on leur dévide, tellements frustrés, ils ont pris une dose mortelle qui ne les a pas tués tout à fait, ils sont restés collés au plafond. Ou beaucoup plus loin. Ce n'est pas un modèle à suivre, bien sûr que non.
Celui qui affronte le gardien du seuil n'a rien d'un illuminé. C'est un guerrier, un voyageur préparé à tout, en alerte, et pourtant serein. Il sait que la peur est la première ennemie du chercheur de lumière. Il sait qu'il devra la vaincre ou être vaincu par elle. Il sait que la raison seule ne peut rien pour lui, et il sait que sans elle on va dans le mur. Sans la raison, il s'éparpillera dans l'azur, comme ces pauvres drogués. Mais sans la folie, il retombera sur terre, les deux pieds dans le même sabot.
Alors, en vrai guetteur d'étoiles,Voir Page il se sert en même temps de ses deux cerveaux, il attelle deux chevaux à son Chariot,Voir Le Tarot initiatique la raison et la folie. Le résultat de cet appariement s'appelle la folie contrôlée.Le mot est de Castaneda le Nagual Les druides celtes pratiquaient aussi cette technique, ils l'appelaient la folle pensée.Voir Mission Brocéliande Ce sujet a été traité aussi au niveau 2,Voir La Voie du milieu au niveau 3Voir Le voyage en alpha et au niveau 4.Voir La voie du chamane La maîtrise de cette technique, voilà le cadeau du gardien du seuil. Avec ce passeport, le miracle peut enfin commencer.
Le miracle, ce n'est pas voler dans les airs ou marcher sur l'eau. Le miracle, c'est de marcher sur terre. Il le sait. Alors il "s'assoit sur un banc pour contempler deux arcs-en-ciel dans un ciel d'aquarelle sur l'autre rive d'un fleuve balayé par la pluie. Pourtant, tout près de lui, les gens ne s'extasient que devant des voiliers anciens exposés au public." (source)
Savourons notre différence. Sur le plan d'eau, il y a trop de voiles, trop de moteurs. Appel du large. Soyons passants.

Il y a quatre ennemis sur le chemin du guerrier, quatre obstacles à dépasser. Le premier est la peur. Vaincre la peur,Voir page c'est passer le seuil où commence le Voyage. C'est embarquer dans l'aventure.
A ce point surgit le deuxième obstacle sur sa route : la clarté. Y céder, c'est devenir un illuminé. Un fou.Un Bouddha idiot, ou un Mat, qui veut dire fou. Voir Le tarot de l'éveil Se dire qu'on y voit clair, qu'on a tout compris, c'est s'enferrer, s'enfermer dans une cellule de haute-sécurité où la lumière brille jour et nuit. Le truc : accepter la clarté sans se laisser griser par elle. Il faut souvent plusieurs années pour y parvenir. Certains n'y arrivent pas, alors ils fondent une secte. Les gurus, sans exception, sont des voyageurs arrêtés par le mur de clarté. Ça peut rendre dingue.
La peur vaincue, la clarté gérée, un troisième ennemi émerge en nous : le pouvoir. C'est le résultat automatique de la progression intérieure. Notre pouvoir personnel se met à rayonner, les gens nous prennent pour un faiseur de miracles. La belle affaire ! Nous en sommes tous capables, et nous en avons tous fait, pas seulement dans nos rêves. Le pouvoir est notre ennemi de la même façon que la clarté. Il donne une griserie à laquelle on a parfois du mal à résister, l'ivresse du pouvoir. Quelque soit le pouvoir, elle sévit.
Le danger, c'est que l'ego, l'indécrottable moi-je, s'en attribue le mérite. "Telle personne, c'est moi qui l'ai guérie". "Sans moi, Untel n'en serait pas là". Et autres conneries du même acabit. Je ne suis pas le Dieu qui est en moi. Les Templiers en ont fait leur devise : "Non nobis, domine, non nobis sed nomini tuo da gloriam" (?)"Pas pour nous, seigneur, pas pour nous mais pour la gloire de ton nom" Accepter les pouvoirs sans jamais s'en glorifier. Les regarder affluer avec la même indifférence qu'on les verra partir demain. Car les pouvoirs ne restent pas. La clarté cesse d'être aveuglante.
Et le guerrier serein continue sa route vers son dernier ennemi. Il sait qu'il ne pourra le vaincre : c'est l'âge. Tôt ou tard, il rejoint le guerrier le plus alerte, lui coupe les jambes et les bras, lui ôte l'énergie vitale qui le tenait debout. Cet ennemi terrible, il faut l'apprivoiser, puisqu'on ne peut le vaincre. La vieillesse, c'est l'arrêt du combat. L'antichambre de la mort. Il n'y a pas d'âge pour ça. Des vieux et des vieilles de vingt ans s'essouffleront à suivre les jeunes Dalaï-Lama, Jean d'Ormesson ou Claudia Cardinale.

Regarde le soir comme si le jour y devait mourir,
et le matin comme si toute chose y naissait.
Sage est celui qui s'émerveille.
André Gide