Niveau 3 : Les fils du Chaos

Gilgamesh

Dernière modification le 05/12/2011 à 16h25

Gilgamesh, maître de l'antique cité d'Uruk, Gilgamesh, premier roi des hommes, Gilgamesh, assoiffé d'amour, d'amitié, d'éternité  © Stef Kervor

 

"Au commencementVoir La Genèse en V.O. était Uruk, première cité des hommes. Noires comme la nuit, plus hérissées que des nids d'oiseaux, ses énormes murailles inspiraient le respect ou l'effroi.


Uruk est l'ancien nom de la cité d'Ur. Mais les Uruk-Haï sont des orques inventés par Tokien. Inventés ? Voire ! Au coeur de la cité s'élevait la Maison du Ciel. Le fondateur de cette cité, en des temps très reculés, avait bâti de ses mains les murailles aux pierres colossales. Sur la  Maison du Ciel,Voir La Maison-Dieu il dressa le paratonnerre d'or qui attire le feu d'Ishtar,Voir L'énergie fulgurale" Tel est le prologue du premier roman jamais écrit. Fleuron de la mythologie sumérienne,Voir l'Adam de Sumer il fut retrouvé sur les tablettes d'Assyrie.Voir Assyripédia C'est l'épopée du premier roi des hommes, au temps où ceux-ci vivaient avec les dieux. Voici son histoire telle qu'elle fut gravée de sa main.

 

Masque de Gilgamesh, alliage de cuivre, -750

 

Le géant Gilgamesh terrasse les lions comme s'ils n'étaient que des chatons "Celui que vous nommez Gilgamesh, c'est moi,  pèlerin de toutes les routes du pays et d'ailleurs. Je suis celui qui a connu les vérités cachées, les mystères de la vie et de la mort, et de la mort surtout. J'ai connu InannaOu Ishtar, déesse sumérienne dans le lit du mariage sacré ; j'ai tué des démons et j'ai parlé aux dieux ; je suis dieu moi-même aux deux tiers, un tiers homme seulement. Dès mon plus jeune âge, j'avais la stature et la force d'un géant.Voir L'empreinte des géants Je pouvais provoquer n'importe qui à la bagarre, j'étais toujours vainqueur.

 

Gilgamesh lutte contre un taureau gigantesque que les dieux ont créé pour le défierAinsi je devins le roi de la première cité des hommes. Mon orgueil était sans limite, ma force surhumaine, et ma volonté sans appel. Lassés de ma tyrannie, les hommes allèrent trouver les dieux pour se plaindre. Enki leur dit : "Quand j'ai créé Gilgamesh, j'ai conçu un homme parfait, accompli, à qui tous les dieux ont voulu faire un don. Shamash, le dieu soleil, lui donna la beauté, et Adad, le dieu de l'orage, lui donna le courage. Nammu, ma mère, lui donna la victoire : Gilgamesh ne peut pas être vaincu."

 

Il était couvert de poils des pieds à la tête. Il se nommait Enkidu, l'homme naturel.Les hommes se désespéraient quand Enki ajouta ceci : "Je ne vois qu'une façon de détourner sa violence. Je vais faire un deuxième Gilgamesh pour le provoquer en duel." Ce qu'il fit. Il mélangea les gènes, ôtant ici, ajoutant là, jusqu'à obtenir un ADN superbe.Voir L'homme OGM Et il fit Enkidu, le géant sauvage, vivant nu dans les bois, couvert de poils des pieds jusqu'à la tête, plus fort que cent buffles, plus féroce que dix lions, plus brutal que la tempête. Et les hommes, tremblants de peur, maudissaient leur sort funeste. Ils vinrent s'en plaindre à moi.

 

Huwawa, masque d'argile, art sumérien

 

Gilgamesh par Blondel et BrionJ'étais Gilgamesh l'invincible, je n'en ferais qu'une bouchée, fut-il plus grand que les monts. Je fondis sur lui, nous avons lutté "jamais fuyants, jamais lassés, froissant le glaive au glaive et sautant les fossés." (source) Après des jours et des nuits de combat, moi le vainqueur né, je n'avais pu en venir à bout. Je lui dit : "Tant qu'il nous restera quelque tronçon au poing, nous lutterons ainsi que lions et panthères. Ne vaudrait-il pas mieux que nous devinssions frères ?" (source) 

Procession à Uruk, auteur inconnu.

 

Humbaba, bas-relief babylonien, vers -1300 à -1900Ce qui fut fait. A nous deux, nous avons accompli des travaux sans nombre, des exploits sans limite. Mais ce n'était jamais assez pour mon goût. Un jour, je lui dis : "Débarassons la terre du géant Humbaba. Il est féroce et malfaisant, les dieux et les hommes nous béniront." Enkidu soupira. Il savait combien j'étais têtu. "Humbaba garde la forêt des cèdres sacrés. Enki, son maître, l'a créé sans faille, armé des Sept Effrois,Découvrez les armes technologiques de la haute antiquité dans L'arsenal des dieux les rayons qui  brûlent la chair et tordent les os.

 

Gilgamesh et Enkidu     attaquent le féroce Humbaba, bas-relief mésopotamien, 4000 BP ou   -2000Lorsqu'il rugit c'est comme un torrent au milieu de l'orage. Son haleine est ardente, ses crocs sont la mort même. Si un cerf se déplace au loin, Humbaba l'entend. Il nous tuera dès que nous poserons le pied dans la forêt. " Mais je ne ne voulus rien savoir. Le combat fut terrible, pourtant à nous deux, nous en vinmes à bout, le farouche Humbaba mordit la poussière. J'abattis les cèdres d'Enki, et j'en fis pour Uruk le plus beau portail qu'une cité put rêver, d'une largeur et d'une hauteur jamais vues.

 

Humbaba, masque babylonien, vers -2000

 

Enkidu et Gilgamesh sont devenus les meilleurs amis du mondeEnkidu veillait sur moi comme un frère. Quand je pris femme, il eut peur que je souffre, et il avait raison. Un triste jour, il tomba malade, et malgré tous les soins des sorciers, mon seul ami mourut. Je ne pus me résoudre à son absence, et je me mis à penser à la mort, tant et si bien que cette affreuse image ne me quittait plus. Je résolus de partir en quête de l'immortalité des dieux, car la mort me faisait horreur. De toutes les épreuves qui m'attendaient sur mon chemin, je n'avais cure.

 

Gilgamesh pleurant la mort   de son ami, le géant sauvage Enkidu.

A man gets tied up to the ground
Gives the world
Its saddest sound (source)


A l'idée de la mort à mes trousses, je pressais l'allure © Sébastien GrenierLa victoire était mon sort, mais la mort le serait aussi. L'invincible Gilgamesh, tôt ou tard, devrait s'incliner devant elle ; à cette pensée je forçais l'allure. Enfin j'atteignis Mashu, où un tunnel conduit jusqu'au séjour des Dieux.C'est l'abzu, la terre creuse, domaine d'Enki selon les Sumériens Là, un large fleuve, un puissant torrent indomptable, fit obstacle à mes pas. Quelqu'un dormait à l'ombre d'un figuier.Vingt siècles plus tard, Bouddha connut l'éveil sous ce même arbre Homme ou dieu, saurait-il comment passer cette eau viveVoir page? Je m'assis pour attendre son réveil. Deux jours entiers il dormit, au troisième il s'éveilla.

 

Masque de Gilgamesh,   alliage de cuivre, -750

 

Une des tablettes assyriennes où fut déchiffrée l'épopée de Gilgamesh Sans me laisser le temps d'ouvrir la bouche, il dit : "Je t'attendais, Gilgamesh, fils d'un dieu. Je te dois la vérité. Nul homme ne peut franchir ce fleuve. Au-delà commence l'entre-terreOu l'abzu où les dieux se gorgent de l'ambroisie qui donne la jeunesse et du nectar de longue vie. Tu es un homme, Gilgamesh, ton sort est la mort, ainsi l'ont voulu les dieux quand ils ont fait les hommes.Voir L'Adam de Sumer" Je revis la triste fin d'Enkidu, et je dis : "Mais toi, le fils d'un homme, dis-moi comment tu devins dieu."

 

Huwawa, masque d'argile, art sumérien

 

Dans le cycle de Conan, Belit est la fille du roi Atrahasis. Le soleil se coucha pour la quatrième fois quand il prit la parole. "Tout comme mon lointain ancêtre Atrahasis,Voir Le Noé de Sumer je suis Utnapishtim, sauvé des eaux par les Dieux. Jadis, ils ont décidé d'un déluge pour anéantir la race humaine. Mais Enki vint me prévenir de construire une arche et d'y embarquer plantes, bêtes et gens. Je fis ce qu'Enki m'ordonnait, l'arche nous sauva tous, et Enki m'accorda le droit de goûter le nectar de longue vie. Ainsi devins-je un dieu, ainsi peux-tu le devenir par les noces de l'eau de la terre avec le feu du ciel."


Frank Frazetta, The Death DealerRiche du secret des dieux, je revins à Uruk où je bâtis la Maison du Ciel, pourvue d'un paratonnerre et de nombreux tuyaux de terre cuite et de métal, où je fis courir l'eau sous les baisers de la foudre. Ainsi j'ai pu jouir d'une très longue vie, de pouvoirs sans nombre, et de la paix de l'esprit. Mais les dieux comme les hommes, tôt ou tard, doivent mourir.C'est la limité de la volonté humaine. Cliquez sur + C'est la loi du Vivant.Voir cette page Quand mon temps fut venu, de bonne grâce, je cessais de boire l'eau de foudre, et je me préparais au dernier voyage.

 

Le roi Gilgamesh devant une reconstitution de la ville d'Uruk, sa capitale