Dernière modification le 08/02/2010 à 09h08


En Turquie, une civilisation tombée du ciel surprend les archéologues par son art et son élan religieux. Des temples, des lieux de rituel dans chaque demeure, et des merveilles d'artisanat.
La civilisation de Çatal-Hüyük propose une autre énigmeVoir Civilisations tombées du ciel insoluble, l'absence totale de traces évolutives antérieures. Voici le récit de sa découverte. Çatal Hüyük, la Colline de la Fourchette, se dresse dans la plaine de Konya, en Anatolie centrale, sur les bords de la rivière Çarşamba. En 1961, l'archéologue James Mellaart s'y rendit pour effectuer des fouilles. Seul un tertre était alors visible, avec des restes de poteries et de feux très anciens. Bientôt les fouilles révélent une ancienne cité.
La colline couvrait un réseau de tombeaux et d'habitations appartenant à une communauté protonéolithique du 7ème millénaire avant notre ère. Choc et stupeur. Dans les années soixante, on ne savait à peu près rienCar les villes souterraines de Cappadoce, pourtant toutes proches, n'avaient pas été reconnues comme datant du néolithique. Et pourtant ! Voir Des villes sous la terre de l'époque néolithique de ce pays. (source)Çatal Hüyük et la révolution néolithique par Jean-Louis HUOT Dossiers d'archéologie déc 2000 Et soudain, James Mellaart découvrait le plus grand site néolithiqueSi l'on excepte les villes troglodytes de Cappadoce. Voir Des villes sous terre du Proche-Orient. Fondé vers -7000, il devint un centre important de -6500 à -5700. L'agglomération, à son apogée, couvrait 13 hectares.

La ville abritait 5.000 personnes ; elle avait une organisation et une culture élaborée,Comme ces villes archaiques d'Inde du nord, Harappa, Mohenjodaro, et les autres, de l'antique empire de Rama. Voir India song entretenant un commerce de longues distances et produisant un artisanat de qualité. Elle contenait des sanctuaires avec des peintures murales, des figurinesComme en Méso-amérique néolithique. Voir Civilisations orphelines et des sépultures, témoins d'une vie religieuse complexe. Certaines statuettes ne sont pas sans rappeler les Vénus préhistoriques d'Allemagne.Voir plus bas Et les graffitis évoquent ceux de la grotte d'Altamira,Voir "L'affaire Altamira" en cliquant sur + pourtant beaucoup plus anciens.
Dans la campagne environnante, on cultivaitL'agriculture était apparue 3000 ans auparavant en Egypte, puis 1000 ans plus tôt en Mésopotamie. Voir Il y a 10.000 ans le blé, l'orge, les petits pois, les pois chiches, les lentilles, les vesces ; on y cueillait les pommes, les pistaches, les baies, les amandes et les glands. La viande était fournie par la pêche et la chasse (cerf, sanglier, onagre). Alors que la région permet une agriculture sèche, on constate une manipulation d’eau sans doute nécessaire à la culture du lin ou à l’obtention d’un meilleur rendement pour les céréales. Mais à dire vrai, on n'en sait rien au juste.Il se trouve que la totalité des civilisations orphelines, y compris celle d'Harappa, étaient des civilisations hydrauliques : expertes dans l'art de l'adduction d'eau. Dans quel but ? Enigme à suivre

En tout cas, les populations néolithiques raffolaient des canalisations et des rigoles en tout genre, et pas seulement dans les Andes.Voir Les cités des cimes Le site était un centre d'échanges de nombreuses marchandises (bois, obsidienne du volcan Hasan Dağ, silex, cuivre, coquillages des rives de la Méditerranée), et ses artisans maîtrisaient la fonte du cuivre (plus ancienne attestation de la métallurgie au Proche-Orient) et s'étaient spécialisés dans de nombreuses productions artisanales.
Mellaart mit au jour une grande variété d'objets de qualité : pointes de flèche, fers de lance, poignards d'obsidienneDe l'autre côté de l'Atlantique, les Olmèques travaillaient aussi l'obsidienne. Voir La grosse tête africaine et de silex, masses d'armes en pierre, figurines de pierre et d'argile cuite, textiles, vaisselle de bois et de céramique, bijoux (perles et pendentifs de cuivre). On constate que ces âges reculés étaient beaucoup plus civilisésVoir Les Egyptiens volants que des périodes plus récentes.Voir La théorie du déclin D'où venaient ces savoir-faire disparus par la suite ? D'où ces gens tenaient-ils cet art du commerce et de l'artisanat ?
Les maisons étaient serrées les unes contre les autres, sans rue ni passage, seulement accessible par des échelles de bois disposées de place en place. Elles étaient construites en briques crues recouvertes d'enduit et comprenaient généralement une pièce commune de 20 à 25 m² et des pièces annexes. La pièce principale disposait de bancs et de plate-formes pour s'asseoir et dormir, d'un foyer rectangulaire surélevé et d'un four à pain voûté.

Mais le plus beau, Mellaart ne l'a pas trouvé dans les maisons ordinaires. De nombreux sanctuaires tranchaient par leur décoration raffinée : fresques ou peintures murales, reliefs modelés, crânes d'animauxVoir Animal, on est mal et figurines. Par endroits, les sanctuaires se sont révélés si nombreux que Mellaart a cru d'abord se trouver dans un quartier spécialisé. D'autres fouilles ont montré par la suite que les sanctuaires sont partout en très grand nombre. C'est même la caractéristique principale de cette culture archaïque.

Les corps des morts étaient déposés sous les plates-formes de repos dans les sanctuaires et dans les maisons, et s'entassaient au cours des ans et des générations, ce qui laisse supposer un culte des ancêtres très élaboré. Avant d'être ensevelis, accompagnés d'objets précieux, les corps des morts étaient confiés aux vautours et aux insectes nécrophages.(source)Wikipédia L'intérêt du site réside aussi dans son exceptionnelle iconographie.
Un peu partout, des figurines féminines évoquant un culte de la fécondité, comme cette femme accouchant assise sur une sorte de trône orné de félins. Les peintures murales suggèrent aussi un culte de la déesse mère, souvent enceinte ou parturiente,accouchant entourée de léopards et de taureaux symbolisant les dieux. Les reliefs pouvaient aussi représenter des seins de femme. Mellaart a découvert aussi de singulières figures masculines comme cette homme nu chevauchant un taureau.
La déesse mère est garante de renaissance, d'immortalité et de fertilité. Symbole de l'éternelle féminité elle y apparaît au milieu de multiples triangles, le corps schématisé jusqu'à l'abstraction, souvent accompagnée de son animal symbolique le taureau dont les cornes se reflètent dans son corps. Il est le symbole de sa progéniture à laquelle elle donnera la vie et la mort par le sacrifice rituel du taureau qui lui est dédié, pour assurer la fécondité de la terre et la renaissance de la nature après les gels d'hivers.
Ce rite universel lié au cycle agraire est encore répandu de nos jours dans les campagnes reculées d'Anatolie. (source)Ody Saban 1986 Les murs de certaines maisons sont ornés de nombreuses fresques évoquant des scènes de chasse, des taureaux, des cerfs, des béliers, des vautours et des hommes sans tête, parfois des motifs géométriques ; sur les parois sont modelés en relief des personnages féminins ou des animaux et sur les murets délimitant les banquettes, des bucranes en argile pourvus de vraies cornes. (source)Çatal Hüyük et la révolution néolithique par Jean-Louis HUOT Dossiers d'archéologie déc 2000
A voir l'extraordinaire niveau de détail et de décoration des constructions enfouies, bijoux, outils, armes et peintures murales, il fut bientôt clair pour Mellaart que cette culture avait été extrêmement avancée dans ses croyances, ses modes de vie et ses arts. Et cette ville est une des plus anciennes jamais découvertes, ce qui n'est pas le moindre paradoxe. Plus on remonte dans le temps, plus les moeurs paraissent paisibles et évoluées, plus l'artisanat est finement ouvragé. Rien d'équivalent n'avait jamais été trouvé, en Turquie ni ailleurs.
Mellaart s'étonne : "Comment faisaient-ils, par exemple, pour polir un miroir d'obsidienne, qui est un verre volcanique dur, sans le rayer ? Ou pour percer dans des perles de pierre (en obsidienne notamment) des trous si fins qu'ils sont impénétrables aux aiguilles d'acier modernes ? Quand et où apprirent-ils à extraire par fusion le cuivre et le plomb, métaux attesté à Çatal Hüyük dès -6400 ?" (source)J. Mellaart, Çatal Hüyük, A Neolithic Town in Anatolia, 1967 Une telle technicité n'apparaît pas en un clin d'œil.
Pour Mellaart, Çatal Hüyük représente l'apogée d'une "lignée d'une immense ancienneté"D'autres auteurs sont du même avis pour les villes troglodytes de Cappadoce, toutes proches. Voir Des villes sous terre remontant aux temps paléolithiques, bien avant la fin du dernier âge glaciaire, le Würm,Voir Les glaciers du Würm entre -120.000 et -8000, quand un inlandsisGlacier géant. Une sorte de banquise terrestre, comme celle qui recouvre encore le Groënland et l'Antarctique. Pour combien de temps ? recouvrait une bonne partie de l'Europe .

Sur ce même site, la plus ancienne représentation connue de tambour a été découverte dans une fresque. Plus de trente personnages, dont certains jouent des percussions, dansent autour d'un énorme taureau. Deux des personnages tiennent des instruments à percussions qui rappellent étrangement le berimbau, un instrument brésilien originaire d'Afrique. De plus, on notera la couleur de la peau des danseurs. Certains sont noirs, d'autres blancs, ou mi-blancs.

Les Noirs sont parfois revêtus d'une peau de léopard. Tout se passe comme si les habitants de cette cité néolithique appartenaient aux deux ethnies, comme les Atlantes d'avant le déluge.Voir Les deux races atlantes

Toujours en Turquie méridionale, près de la frontière syrienne, on a découvert le temple de pierre le plus vieux du monde.Dans la datation admise par les achéologues. Car des temples comme ceux de Teotihuacan, Tianahuaco, Abydos, ou la Grande pyramide semblent plus vieux encore. Gobekli Tepe serait vieux de quelques 11.500 ans, bâti sans doute par les derniers chasseurs-cueilleurs, juste avant l'agriculture.Voir Il y a 10.000 ans Les bâtisseurs de ce temple pourraient être les premiers cultivateurs d'avoine : des analyses ADN d'avoine domestique comparée à l'avoine sauvage ont montré que la souche utilisée était originaire du mont Karacadağ, voisin du site.